Adapter un texte, une image, du matériel de jeu
Document imprimé
L'orthoptiste de l'enfant définit avec lui les critères d'écriture les plus adaptés. Ceux-ci concernent
- la taille,
- la police,
- l'épaisseur des lettres
- Certains enfants peuvent nécessiter une taille d'écriture importante (24 par exemple). L'objectif, en amont, est de déterminer quelle taille permet une lecture optimale, engendrant le moins de fatigue oculaire possible. Ce n'est pas parce qu'un enfant peut lire un texte écrit plus petit que la taille recommandée que la lecture sera confortable pour lui. Le temps de lecture sera plus long, l'activité plus fatigante, restreignant l'efficacité de l'enfant à court et moyen terme.
Cependant, pour l'enfant déficient visuel présentant une vision tubulaire sans baisse d'acuité centrale, l'agrandissement des caractères sera en revanche délétère. En effet, la zone perçue par l'enfant étant sur l'axe visuel (au centre de l'oeil), des caractères plus petits permettent une meilleure appréhension de l'entité globale du mot.
- Une police sans empattement est conseillée, car plus facile à lire : il s'agit alors des polices « Arial », « Verdana », ou encore « Tahoma ». En revanche, « Times New Roman », est quant à elle déconseillée.
Les majuscules ayant toutes la même hauteur, une écriture en minuscules facilitera également la lecture.
- Mettre en gras le texte permet, pour certains enfants, un meilleur contraste et donc une meilleure perception de ce qui est écrit. En revanche, l'écriture en italique est à éviter. De même, le soulignement d'éléments du texte entre en conflit avec la bonne discrimination du bas des lettres, rendant leur identification plus difficile.
Plusieurs autres paramètres peuvent être utilisés, pour par exemple mettre en évidence certains éléments :
- Utiliser des contrastes de couleur. Attention cependant à ce que
la couleur n'altère pas la bonne lisibilité des mots.
- Jouer avec la polarité des éléments. (texte blanc sur fond noir)
- Adapter le support : certains professionnels recommandent l'utilisation d'un papier jaune pâle qui permet de réduire l'éblouissement par rapport au papier blanc plus réfléchissant.
La mise en page doit être simple, claire et aérée. L'interligne utilisé peut être supérieur à 1 (1,25 par exemple), afin d'éviter u changement de ligne inopiné au cours de la lecture. Un saut de ligne entre les paragraphes permet également une meilleure organisation du texte et une lecture plus claire.
Adapter des images
Les images destinées à un public tout-venant sont souvent très chargées en détails, en couleurs. Les lignes qui délimitent les différents éléments sont souvent peu marquées, et le manque de contrastes ne facilite pas la discrimination des éléments. Plusieurs astuces peuvent venir faciliter l'adaptation des images pour les rendre plus accessibles à une personne malvoyante :
- Enlever les détails « inutiles ». Epurer l'image en ne gardant que les éléments pertinents améliore la perception l'accès à la compréhension.
- Augmenter les contrastes : cela peut passer par l'utilisation de couleurs plus marquées, plus vives, ou encore par la mise en noir et blanc du dessin.
- Epaissir les traits qui permettent la délimitation des objets.
- Penser à utiliser des couleurs perçues par l'enfant ! En effet, en cas d'atteinte de la vision des couleurs, certaines sont non discriminées par le sujet.
- Enfin, en cas d'agrandissement de l'image, il est nécessaire de garder en tête qu'un agrandissement trop important peut gêner la vision globale de l'image, notamment en cas d'altération du champ de vision. Il peut être intéressant de présenter d'abord l'image en taille réelle pour que l'enfant puisse se faire une représentation globale, puis venir compléter la présentation avec une image plus agrandie pour permettre la vision des détails.
Adapter le matériel proposé.
Les matériels à destination des enfants normo-voyants (livres, jeux...) sont de manière générale très axé sur le côté visuel, avec une multitude d'images constituées de traits fins, parfois peu contrastées. Les écritures y sont souvent en petits caractères. L'enfant déficient visuel n'y a donc pas souvent accès.
Pour compenser la baisse ou l'absence de vision, l'enfant va investir de manière prépondérante ses autres sens, comme le toucher, l'ouïe, l'odorat... Lui proposer des activités mêlant ces différentes modalités sensorielles peut donc se révéler judicieux.
Il est possible d'utiliser de nombreux outils déjà existants manipulables par des déficients visuels. Ce sera par exemple le cas de la dînette, des petits personnages type Playmobil, des poupées, les instruments de musiques, percussions,... Par ailleurs, d'autres jeux peuvent être adaptés.
Les lotos peuvent devenir tactiles en utilisant des objets manipulables. Une version auditive peut être crée de la même manière, en utilisant de petits contenants remplis d'objets produisant différentes sonorités quand on les secoue. Les dominos sont adaptables tactilement en y apposant différents tissus, textures...
Les jeux de plateaux, comportant souvent beaucoup d'indices visuels, sont également modifiables, et quelques petits apports peuvent venir simplifier leur utilisation par les malvoyants et les aveugles. Il est ainsi possible de :
- Délimiter les cases par des traits en reliefs : utiliser un trait de pistolet à colle que l'on laisse sécher, ou placer des bâtonnets en bois. L'utilisation de différentes textures sur les cases est un autre moyen de les séparer.
- Les couleurs peuvent être remplacées par des éléments tactiles, comme des gommettes de différentes formes.
- Des dés en reliefs ou de taille plus imposante remplacent facilement les petits dés que nous connaissons. Ils sont facilement trouvables en magasin de jeux de société.
- Des jeux de cartes de taille plus importante que les formats classiques peuvent venir s'adapter à un public déficient visuel.
- L'utilisation de Patafix sur les pions ou les objets permet de les fixer et limite leur chute en cas de mouvement mal contrôlé par l'enfant.
Par ailleurs, l'utilisation de tapis anti-dérapants lors de la manipulation d'objets permet une certaine stabilité des éléments en empêchant ceux-ci de trop se répartir.
L'imagination et l'adaptation restent les maîtres mots de la prise en charge orthophonique particulièrement dans la rééducation d'enfants malvoyants ou aveugles. Garder en tête les potentialités visuelles de l'enfant en termes de champ et d'acuité permettra de proposer des activités le plus en adéquation avec ce qu'il peut percevoir.